Arroseurs arrosés… dans un verre d’eau

Je prends le train très en retard, mais cela m’a permis de me poiler un bon moment (au moins 20 minutes). Effet boomerang : un nouveau blogfight autour de l’attitude pas vraiment ouverte de la fameuse blogoisie. L’objet du délit : Natacha de memoire-vive.org, chope certains des blogueurs invités au siège de l’UMP lors d’un cocktail pour les podcaster à propos de sujets qui les intéressent directement : blogs et politique, positionnement des blogs par rapport aux médias dits « traditionnels », etc.

Le procédé est peut-être discutable (les interviewés n’ayant visiblement pas digéré les chips cheap offerte par l’UMP), mais ils n’ont pas non plus été attrapés au saut du lit ou en train de faire leur jogging, mais dans un cadre plutôt professionnel (à moins qu’une réunion au siège d’un parti politique soit considérée comme une gentille récréation). L’initiative était donc plutôt intéressante en cela qu’elle permettait aux blogueurs invités d’expliquer leur position autrement que sur leurs propres blogs et aussi de mettre en perspective le débat. Poser des questions c’est bien. Y répondre de temps en temps n’est pas mal non plus. Ce devrait d’ailleurs être la principale différence entre un journaliste et un blogueur, non ?

Et finalement, plouf. On assiste à une partie de ping-pong et de langue de bois de gens visiblement mécontents, même parmi ceux qui prônent l’instantanéité et la spontanéité de l’info et une nouvelle manière de la traiter, produire, de la distribuer et de se l’approprier. Les blogueurs n’ont vraiment pas l’air à l’aise face à la caméra, chose qu’ils mettent pourtant souvent en avant pour se différencier. Faites ce que je dis… pas ce que je fais : les blogueurs semblent adorer bloguer les autres ou leurs connaissances, mais quand, où et comment ils le décident. Tout comme certains supports qu’ils passent leur temps à flinguer (« je suis open aux questions, mais envoyez-les avant »).

On navigue entre langue de bois, sous-entendus agressifs à peine déguisés, tentative humoristique d’echapper aux questions, et comme d’habitude, liberté de parole et d’idée comme prétexte à l’absence de devoir et de responsabilité. Morceaux choisis à propos des blogueurs invités à l’université d’été de l’UMP : « Je ne suis pas un blogueur de contenu, je suis un blogueur facile ». « On n’était pas là pour faire de l’information… – vous étiez là pour quoi ? – je sais pas ». « On donne une vision de citoyen ». « C’est une non-interview, je dis que des conneries ». L’impression générale est un sentiment de gêne et paraît problématique dans le sens où rien ne fait avancer le débat sur les blogs, leur impact, leur position et leur apport en information.

Détail intéressant de la perversion du système : Loic Lemeur explique que les blogs sont une nouvelle façon de communiquer, basé sur le système du « bouche à oreille », qui engendre donc des « têtes de réseau ». Bref la création d’une nouvelle élite de l’information est assumée. Les blogs n’étant qu’un moyen parmi tant d’autres d’intégrer cette élite de communicant sans passer par le chemin des médias traditionnels, ses travers, ses obligations et ses pressions. Le journalisme citoyen devient le levier sur lequel s’appuyer pour grimper rapidement ces échelons. Il est d’ailleurs intéressant de noter que le podcast commence avec une tentative d’interview des blogueurs, qui finalement prennent gentiment la tangente pour laisser les pros de la communication reprendre le débat en main, passer à autre chose et calmer le jeu (Eric Walter, chef du service internet de l’UMP, envoit son discours policé pendant que les invités prennent la poudre d’escampette)… Pas glorieux comme attitude.

Et donc ? Quelle est la différence avec les médias traditionnels ? On entre dans le même système de connivence, de pression. Au final, on est toujours dans le même mécanisme ou un canal descendant choisit par qui et quel tuyau il fera transiter son info. Sauf que cette info n’est même plus soumise à des règles d’objectivité (respectées ou non, je suis entièrement d’accord sur ce point. Mais elles ont le mérite d’exister).

Je ne suis d’ailleurs pas d’accord sur le fait que les conseillers en communication politique naviguent à vue avec les nouveaux outils de communication. Ils ont à mon avis parfaitement saisis leur fonctionnement et la façon des les utiliser à bon escient, en prétextant l’appel au débat citoyen et au journalisme collaboratif. Finalement, il s’agit toujours de savoir s’adresser et contrôler des groupes, qu’ils soient connus ou émergents.

En tant que lecteur, cela ne me conforte pas sur la qualité des infos que je peux glâner ici et là sur ces nouveaux médias. Au moins quand je vais sur Libé.fr ou Lefigaro.fr, je connais la couleur à l’avance. Mais je me rassure en me disant qu’il y a bien d’autres blogs de qualité qui remplissent pleinement leur mission de générateur de débats ouverts (et ne coupent pas les commentaires dès que cela dérape trop).

Bref, ce n’est finalement qu’une petite tempête plutôt amusante dans un verre d’eau, qui alimenteront les dîners dans quelques arrondissements parisiens. Finalement, c’est Gilles Klein, via pointblog qui a raison : mieux vaut en rire.

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2 réflexions sur “Arroseurs arrosés… dans un verre d’eau

  1. Excellent!
    Cela rejoint tout à fait ma façon de penser. Rare sont les blogs qui méritent notre confiance ni même notre attention. Les incidents se multiplient.
    Peut-être cela existe-t-il déja, sinon il serait grand temps de créer une charte qualitative et déontologique pour les blogs (une carte de presse ;))

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