Shopping engines + 2.0 = Social Shopping ? Ou la tête… mais à qui ?

Le phénomène n’est pas nouveau mais commence à émerger rapidement. Cela devait arriver, plutôt circonspecte au départ, l’industrie du e-commerce commence à lorgner du côté des réseaux sociaux. Il y avait bien quelques tentatives de la part des marchands en ligne. On se souvient notamment de Pixmania avec les avis utilisateurs en vidéo (Pix TV, disparu depuis), puis back to basics en mode texte + note. Mince, c’est finalement beaucoup de sueur pour peu de rendement tout ça… un casse-tête de plus à laisser aux sites média ou aux petits (gros) nouveaux…

A l’autre extrémité, il y a (avait) les comparateurs de prix… bof, empêtrés dans les gros machins techniques et pas vraiment en odeur de sainteté côté image de marque… pas de vraies perspectives d’évolution, toujours à la quête de la solution à l’équation [volumes données] + [volume audience] – [précision approximative] / CPC difficile à justifier = on va où ?
C’est souvent mauvais signe quand un type de service est monopolisé par un acteur et ne fait plus parler de lui que dans les colonnes légales…

Bref, il fallait bien trouver une nouvelle histoire, belle de préférence, pour faire oublier les promesses non tenues de la précédente. La brêche était ouverte depuiis quelques temps, mais pas mal se demandait comment accomoder la sauce « réseaux sociaux » avec le e-commerce. En gros, puisque le discours Bahlsen (+de produits, + de specs, + de prix, + de bonnes affaires) n’a plus la cote, comment se servir des utilisateurs eux-mêmes pour répondre à la problématique par l’autre extrémité : moins de volumes, des prescripteurs, plus d’avis, moins de données produits ? La bonne question : cette promesse va-t-elle être tenable et tenue ? Je suis assez tenté de faire une réponse de Normand…

On pourrait dire oui, partant du principe que beaucoup de gens ont une passion principale et sont souvent consultés à titre de conseil lors du choix d’un produit. Cela nous est tous arrivé à un moment donné : quel bouquin de SF, quel matos pour ma planche de snowboard, quel hôtel en Corse, quel chat pour le caractère, etc. Dans l’absolu, on peut imaginer que nous sommes tous des boutiquiers en puissance, pour reprendre l’expression de Freddy Mini sur son blog. J’avoue que je serais assez tenté d’être d’accord. Mais finalement non :-).

En fait je crois au « Social Shopping », mais justement sur des marchés de niche, là où les utilisateurs apportent une réelle expertise, une valeur ajoutée à ce qui n’existe pas, peu, ou est difficile à trouver sur les médias, qu’ils soient en ligne ou non. Le NYT a d’ailleurs publié un très bon article sur le sujet, intitulé « Like Shopping? Social Networking? Try Social Shopping » (enregistrement obligatoire pour la lecture). Je trouve que le sujet est pris par le bon bout : on y retrouve les points cruciaux qui font que, à partir d’une plate-forme technique vide dotée de la bonne logique et des bons outils, il y a un succès à la clefs. Comme sur Del.icio.us :

  • on participe (j’ajoute des liens)
  • on qualifie (je les thématise)
  • on échange (je les les partage)
  • on s’identifie dans un réseaux (je découvre des gens et des liens relatifs à ce qui me passionne)
  • on découvre à partir de ce que l’on apporte (je découvre de nouveaux sujets en consultant les liens de gens qui ont bookmarké les mêmes pages que moi)
  • … et le système reste propre (ça c’est un mystère… moyennant une surveillance ? à voir)
  • on devient prescripteur (je poste des liens à mes contacts)

Finalement, ceci est peut-être une simple réaction aux catalogues et aux services uniformisés. On aime avoir des choses uniques et ces sites, qui justement permettent à des « spécialistes » de partager leurs trouvailles inédites sont une réponse idéale : pas besoin de gérer des catalogues revendeurs, des mises à jour de données infernales, et tout le toutim habituel. Marre des catalogues Ikéa ? Hop, pour ne pas se retrouver avec les fauteuils du voisin, explorer les tags « chairs » sur ThisNext.com, Kaboodle, Wists ou Stylehive. Il y en a vraiment pour tous les goûts

Il y a une autre manière d’aborder le sujet, de manière plus « concrète ». En gros le message, est : vous avez tous un avis sur quelque chose, donc sur des produits, donc créez votre boutique en ligne, recommandez ces produits et gagnez de l’argent sur les ventes que vos amis auront faites. Pourquoi pas… Mais partant de là le danger est finalement de n’attirer que très peu de passionnés et finalement piquer une partie infime de « eBayers », qui trouveront une opportunité de faire du commerce sans même avoir quelque chose à vendre, sinon leur « avis » (qui a dit « Ciao » ? 🙂 ). Et c’est entre autre là que le bât blesse…

C’est le parti de Zlio, qui permet donc à tout le monde de devenir « boutiquier « . En substance, Zlio agrège les catalogues de revendeurs en ligne (exit le libre choix des produits donc), normalise leur données (tiens, ça me rappelle quelque chose), permet aux utilisateurs inscrits de mettre leur avis sur les produits et créer une boutique dans laquelle ils peuvent créer leurs rayons et ajouter leur sélection de produits qu’ils adorent puisqu’ils les ont déjà achetés et utilisés (c’est bien pour cela qu’ils les recommandent, hein ?). J’ai testé. Techniquement, ça marche, pas de soucis.

Et ? C’est là que les questions arrivent et les problèmes commencent. D’abord le choix des produits est forcément relatifs aux bases de données des revendeurs référencés. Très contraignant pour du « social shopping », là on est plus « shopping » que « social ». Ensuite les avis des prescripteurs. La vraie valeur ajoutée du système si l’on en croit la promesse. Le soucis avec ce modèle de récompense en numéraire sur les achats réalisés, c’est que les utilisateurs vont vite être tentés de faire du volume dans leur boutique pour gagner en visibilité et ne pas s’enquiquiner sur la qualité du bla-bla (toujours pénible le blabla). Exemple concret, qui d’ailleurs soulève une petite question de droits d’utilisation : la boutique « telephone-pda-pas-cher.zlio.com« . A première vue ça tient la route, on a l’impression d’avoir à faire à un spécialiste des technolgies mobiles (avec UV url-pour-google 🙂 ). Mais si on y lit de plus près (et que l’on s’est fadé les descriptions produits de pas mal de base de données produits), on a comme quelque chose de connu sous les yeux. Exemple concret : le Qtek 9100 est chaudement recommandé, je cite :

« Le PDA communiquant
Compact et performant, le PDA communiquant 9100 de Qtek combine un puissant Pocket PC doublé d’un téléphone quadri-bande GSM/GPRS/WiFi/Bluetooth disposant d’un capteur numérique de 1,3 Mégapixels, en un seul et même appareil !
Le 9100 assure toutes les fonctions d’un PDA hors pair, comme la gestion de votre agenda, de vos e-mails ou encore vos prises de notes. De même, il vous permettra de passer vos appels téléphoniques, d’envoyer et de recevoir des messages, et même de vous connecter à internet et d’ainsi accéder à vos pages webs favorites ! Son clavier AZERTY coulissant vous offre également un grand confort d’utilisation.
Disposant d’une connectivité très complète, le 9100 dispose des technologies Bluetooth et WiFi intégrées et peut facilement être connecté à un ordinateur en vue de la synchronisation de vos données.
Organisez, agrémentez et simplifiez votre vie de tous les jours grâce au très puissant 9100 de Qtek
 »

Mais Google n’est pas que ton ami. Une recherche sur les termes de la première phrase et on découvre que cette « recommandation utilisateur » n’est certainement que la description marketing officielle ou bien produite par un fournisseur de données produits. Où est-donc la valeur ajoutée si cette info est déjà disponible sur PriceMinister, Pixmania, Acheterpascher, etc. ?

Pour la bonne bouche, je crois bien que cette description est fournie par une filiale de CNET Networks, CNET Channel. Je pense que ceux qui paient le service seront heureux de savoir que certains le repompent gratuitement…

Au-delà de l’anectode facile, on peut se poser la question de la cohérence et de la pérénnité d’un tel service, tant les bases sur lesquelles il repose sont floues. Dommage, l’idée de départ était bonne. Mais le risque est de faire de ce type de services la même chose qu’avec les -déjà- vieilles pages persos: des sites fantômes détournés de leur finalité pour devenir des usines à clics. Heureusement, le temps de pop-up et pop-unders est presque révolu. L’emballage sera un peu plus soigné.

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2 réflexions sur “Shopping engines + 2.0 = Social Shopping ? Ou la tête… mais à qui ?

  1. Lu dans les conditions générales de Zlio:

    « les données personnelles communiquées lors de l’inscription à zlio.com sont destinées à Centralcast ainsi qu’à ses partenaires ».

    Bref, ce service semble surtout être une pompe à optin… Qualifiés puisqu’on connait leurs centres d’intérêts.

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