Amalgame attitude…

On parle beaucoup depuis quelques temps de la mort des médias « traditionnels » et de leur incapacité à se renouveler pour aller chercher les lecteurs là où ils se trouvent (en ligne en l’occurrence). C’est une étude récente, dont Libé s’est fait l’écho qui a mis le feu eux poudres. De (très) bonnes synthèses ont été faites, notamment par Emmanuel Parody, auteur du blog Ecosphère (entre autres), chez Danielle Attias et Benoît Raphaël. Je suis globalement d’accord avec ce qui y est dit et n’ait pas grand chose à ajouter.

En revanche, autant je comprends que l’on voit les choses différemment, autant se servir de ce type de données pour tirer des conclusions qui arrangent bien, en grossissant le trait à l’extrême devient insupportable… surtout de la part de personnages qui connaissent très bien les tenants et les aboutissants du système, étant donné qu’ils le cotoyent depuis longtemps et de façon très régulière. Cette semaine, cette stratégie de la provoc’ et de la manipulation atteint un point assez haut pour le relever.

Acte 1 : j’ai étranglé mon volant vendredi dernier en entendant un reportage sur France-Info traitant du phénomène des blogs en France, dans lequel Mister Lemeur himself prend quelques raccourcis intéressants avec les chiffres en évitant soigneusement de les mettre en perspective (manque de temps sûrement). Le sujet a été podcasté sur son blog.

Je cite : (…) »l’audience cumulée des blogs va être supérieure à celle des médias »(…). Ah…

  • Quels médias, TV ? Presse papier (laquelle, magazine, quotidienne, régionale ?) ? Radios ? Internet ? Tous ?
  • D’ailleurs je croyais naïvement que les blogs faisaient partie du média internet. Non ?

Je re-cite : (…) »7 300 000 francais qui lisent [les blogs]« (…)

  • Qui lisent quoi sur quels blogs ? Les skybeurks ?
  • Les blogs sont un phénomène exponentiels, d’accord. Ils sont une source d’info complémentaire gigantesques, d’accord. De là à croire que la majorité apporte un plus, voire remplace, il y a un gouffre.

Acte 2 : désolé on va croire que je m’acharne. L’analyse de Monsieur Lemeur à propos de la fameuse étude citée plus haut : « Pourquoi les médias français ratent le virage internet« . On commence avec une erreur sur le montant de l’accord entre Google et mySpace, de plus cet exemple n’est absolument pas réprésentatif de l’ensemble de l’industrie des médias. Qui plus est, cela concerne un périmètre bien délimité de l’activité de Murdoch.

Je ne comprends pas cette volonté d’opposer les blogs et les médias « traditionnels » qu’ils soient originaire du papier, de la tv ou radio ou même pur player. ZDNet.fr a été un des premiers sites « médias » à ouvrir une section blogs en France, véritable porte-voix à des « non-journalistes » (en tous cas pas encartés), mais qui sont en prise directe avec leurs métiers et leur secteur. Chaque jour, ils apportent leur éclairage et leur point de vue à ce que les journalistes rapportent : des faits. Ouvir des blogs n’importe comment, pour permettre à trolleur-linux de se patater avec trolleur-mac et trolleur-crosoft entre 2 récits de lan-party cela n’a aucun sens (caricature facile, je sais… quoique). Pourquoi cette volonté d’opposition et de compétition entre deux supports qui sont finalement complémentaires ?

Effectivement les éditeurs en ligne ont parfois du mal à innover ou même adopter des innovations. Mais il ne faut pas non plus oublier qu’ils sont déjà soumis à des impératifs de rentabilité et ont défriché le 1.0 il y a quelques années… De plus, pour le moment, il ne me semble pas que les services même les mieux réalisés comme newsvine ont démontré qu’ils pouvaient être une alternative totale à l’existant, tant du point de vue contenu qu’économique.

Acte 3 : le must : il paraît que les robots vont remplacer les journalistes. Arfff… presque aussi vieux que le coup du frigo internet celle-là.

  • Ce n’est pas une nouveauté : les services en ligne utilisant des base de données normalisées et suffisamment structurées peuvent déjà produire de l’information de base. De ce que je connais, c’est déjà faisable sur de l’information produit : créer des logiques permettant de construire automatiquement des phrases autour de données produits et les mettant en perspective par rapport à leur ancienneté sur le marché, leur prix et en les comparant aux produits similaires de la concurrence. CNET le fait depuis dejà quelques temps aux US.
  • Le véritable point n’est justement pas de remplacer des journalistes, mais bien de leur éviter du temps inutile à rédiger de l’info avec peu de valeur ajoutée. Si l’on arrive à automatiser cela, c’est pour libérer du temps et rentabiliser les neurones qui coûtent cher (désolé pour l’image)
  • Je vois mal un robot – ou une logique binaire, devrais-je dire – travailler au corps un chef de produit, un CEO, un dir’com pour avoir des infos exclusives et les utiliser à bon escient…

Les médias en général et la presse en particulier ont beaucoup de mal, c’est un fait. Nous sommes dans une période de rupture technologique, ce n’est pas évident à traverser et surtout pas une raison pour faire les choses n’importe comment, ni être paralysé pour autant. Les cartes sont en train d’être redistribuées par tout le monde : utilisateurs, lecteurs, éditeurs. Et ce n’est pas forcément ceux qui créent le plus gros courant d’air qui resteront.

Bref (façon de parler), j’ai connu des manières plus subtiles et mieux amenées de provoquer le débat 🙂

Publicités

5 réflexions sur “Amalgame attitude…

  1. Si j’ai bien compris le truc on demande aux gens s’ils ont « téléchargés des fichiers sons et videos » et on baptise ça après « podcasts » CQFD
    Ca ne viendrait à l’idée de personne d’appeler les podcasts video de la VOD, le marketing est vraiment injuste…

  2. ah, qu’il est bon de se sentir moins seul… Avec Ecosphere (y’a un nid du coté de chez zdnet?), ça fait maintenant deux blogs francophones sensés, interessants et documentés (je suis preneur d’autres sources).
    Mais bon, avec la capacité de desinformation de certains, va falloir bosser pour se faire entendre 😉
    bonne continuation.

  3. Ca peut paraître bizarre mais je ne suis pas un détracteur absolu de la notion de Web 2.0. Tout dépend en fait de ce qu’on met dedans et à qui ce label est descerner. En général c’est là qu’on tousse…

    Toutefois contrairement à vous je pense qu’on peut aborder frontalement et publiquement la question plutôt que se réfugier dans l’anonymat. Même si vos billets m’ont fait parfois sourire.

  4. il n’est pas question d’être un détracteur absolu du Web 2.0, mais de ses dérives… Il y a évidemment de très bonnes choses.
    Pour ce qui est de l’anonymat, il est la simple expression de contraintes environnementales dirons-nous, et n’empêche en rien d’aborder frontalement et publiquement les choses, bien au contraire. De plus je ne vois pas le besoin de personnaliser les choses (c’est toujours beaucoup plus compliqué et brouille rapidement le message). Tant qu’il n’est pas employé à des fins ordurières, l’anonymat n’est pas un problème.

    Bref, il ne s’agissait pas de faire l’auto-promo de ces petites billets d’humeur, mais bien d’adresser un compliment sincère sur vos blogs respectifs.

  5. Bonjour Bullshit et merci pour le compliment 🙂 En revanche, je suis d’accord avec Emmanuel. Le point n’est pas d’être un détracteur du 2.0 mais bien de mettre cette rupture en perspective. Pour moi, le 2.0 est bien une réalité dans le sens où les technologies pour le permettre sont réellement matures et fonctionnelles – c’est bien pour cela que tout le monde s’excite autour. Ce que je récuse, c’est cette volonté de mettre des « concepts » en opposition : médias vs communautés, 1.0 vs 2.0 etc.

    Le 2.0 est un moyen non une finalité, et la rupture est technologique, mais toujours pas économique. Et c’est bien là que le bât blesse : que l’on soit un dinosaure de la presse, d’internet 1.0, de la radio, ou bien un service émergent et fulgurant comme les blogs, Flickr, Youtube, Netvibes et autres Dailymotion, le constat est le même : tout le monde tourne autour de la monétisation des services et/ou des contenus : c’est là que sont la véritable foire d’empoigne et les risques de dérives. C’est là que sont les risques de « vaporware » créés par des entités uniquement intéressées par le moyen de raconter une belle histoire, emporter la mise et passer à autre chose lorsque le hype sera passé… ce qui ne va pas tarder à arriver je pense (allez 1 ou 2 ans ?).

    Internet est un paradoxe énorme : capable de toucher des volumes d’audience phénoménaux, mais sur une granularité qui implique une complexité parfois effrayante… Il suffit de constater la différence de perception et d’exigeance des annonceurs suivant qu’ils achètent une campagne TV ou une campagne internet ou de marketing direct…

    Pour moi l’équation se résume simplement : comment informer et offrir des services pertinents, qui peuvent être valorisés correctement et faire vivre une industrie ? Et surtout comment éviter de décridibiliser ce média en en faisant n’importe quoi ?

    Encore merci, je ne connaissais pas votre blog, il est maintenant dans mon Netvibes 🙂

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s